Pourquoi la grève ?

Lauriane Alix

Depuis l’automne 2016, plusieurs étudiant.e.s du Québec militent pour la reconnaissance du travail étudiant, ainsi que pour la rémunération de tous les stages. Au cours de l’été 2017, les premières coalitions régionales pour la rémunération des stages ont été créées. Au cours des mois et années qui suivent, plusieurs autres se joignent au mouvement et créent leur propre coalition. C’est dans l’optique de s’unir, d’être solidaires et de décentraliser la lutte pour avoir un plus grand impact que le CUTE (comité unitaire sur le travail étudiant) est créé, rassemblant ainsi sous de mêmes valeurs et objectifs les coalitions régionales.

 Bien que chaque milieu ait ses propres luttes et réalités, nous militons ensemble pour que tous.tes les stagiaires soient reconnu.e.s comme salarié.e.s. Ce statut impliquerait une rémunération et une reconnaissance pour le travail accompli ainsi qu’une protection au travail. Ce n’est pas encore le cas pour un grand nombre de stagiaires. La lutte pour la reconnaissance du travail mené par les stagiaires et pour leur rémunération a aussi un fort caractère féministe, étant donné que la majorité de ces stagiaires sont des femmes1. Nous, militant.e.s pour la rémunération des stages,faisons donc pression sur le gouvernement afin que la lutte et tous les enjeux qu’elle comprend soient reconnus et entendus.

D’abord, la reconnaissance des stagiaires comme travailleur.se.s leur donnerait accès à un salaire pour le travail fait dans le cadre de leurs stages. Les milieux où les stagiaires ne sont pas payé.e.s sont principalement les domaines de la santé, du travail social et de l’enseignement, alors que les stages payés sont, plus souvent qu’autrement, réalisés au sein d’entreprises privées. Ces dernières ont les moyens de payer leurs stagiaires grâce aux subventions et aux crédits d’impôts offerts par le gouvernement. Pendant ce temps, celui-ci coupe allègrement dans le financement des hôpitaux, des établissements scolaires, des organismes communautaires et les services sociaux. C’est donc au gouvernement que nous nous demandons de payer les stagiaires en réinvestissant dans ces milieux, et non pas aux organismes eux-mêmes qui, nous le savons, ont déjà de la difficulté à joindre les deux bouts. Cependant, la reconnaissance du travail fait par les stagiaires n’est pas qu’une question d’argent. Le statut de salarié.e permettrait aux stagiaires d’avoir recours aux protections de base des Normes du travail en cas d’accident, de harcèlement et de maladie, et même d’un remboursement des frais de déplacement. 

Enjeu féministe

Il s’agit aussi d’un enjeu féministe puisque les stages non-rémunérés ont lieu dans des secteurs historiquement féminins et, encore aujourd’hui, occupés majoritairement par des femmes. Ce travail a été fait pendant des années par les religieuses et les mères. Serait-il encore pris pour acquis que ces rôles reviennent aux femmes? Le travail du «care» est souvent invisibilisé et donc, n’est pas reconnu. C’est le cas dans nos relations et nos interactions sociales, mais aussi au travail. Pourquoi les sages-femmes devraient faire 2350h de stages gratuitement par «passion» et «don de soi» alors que les médecins seraient payé.e.s et le feraient pour leurs carrières? Il y a de quoi se demander si ce n’est tout simplement pas sexiste. Alors que depuis des années nous parlons d’équité salariale et au travail, il nous semble que la rémunération de tous les stages, et non seulement ceux de secteurs majoritairement masculins, serait une étape logique vers l’obtention de celle-ci.

Compte tenu des enjeux féministes, de solidarité et de défense des droits des travailleur.se.s, la lutte pour la rémunération des stages a reçu et continue de recevoir l’appui de différents organismes et syndicats, tels que la Fédération des femmes du Québec, le Syndicat industriel des travailleurs et travailleuses-Industrial Workers of the World, la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec, le Syndicat des enseignantes et enseignants du cégep Limoilou  et plusieurs autres. Plus nombreux nous serons à lutter pour la cause, plus nous aurons du poids dans la future décision que le gouvernement prendra à l’égard de nos demandes. 

Réponse partielle

Nous avons fait, jusqu’à maintenant, de nombreuses lettres ouvertes, communiqués, pétitions, manifestations et journées de grève. Cependant, le gouvernement prend son temps, étudie la question et laisse fortement présager qu’il ne compte rémunérer qu’une partie des stages, s’il en rémunère. Nous continuerons donc de se faire entendre en augmentant les moyens de pression utilisés jusqu’à ce que tous les stages soient rémunérés.

Au cours de la session dernière, nous avons tenté quelque chose qui, à notre connaissance, ne s’était jamais fait au collégial, soit une grève de programme. Ce sont donc les cours de soins infirmiers seulement qui furent levés le 21 novembre dernier. Cette journée de grève avait été votée par les étudiant.e.s concerné.e.s et eut lieu en cette journée nationale de grève où 58 000 étudiant.e.s se sont exprimé en faveur de la rémunération des stages. Nous pouvons dire que cette journée s’est bien déroulée; les cours ont été levés, nous avons reçu la coopération des étudiant.e.s et des enseignant.e.s et nous avons pu en profiter pour sensibiliser nombre d’étudiant.e.s à la cause. 

Cependant, nous ne devons pas arrêter les efforts avant d’avoir atteint nos objectifs. C’est pourquoi nous envisageons une grève générale dès la session d’hiver.

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Des réponses à vos craintes

Que vous soyez convaincu.e ou pas, nous vous attendons à l’assemblée générale qui se tiendra le 6 février 2019 à 12h où vous pourrez nous faire part de votre opinion sur la question et de voter à propos de la grève générale à venir. Tenez vous au courant de cette assemblée et participez, la décision vous appartient. Si vous voulez vous impliquer, nous poser des questions, nous faire part de vos craintes ou autres, n’hésitez pas à nous joindre sur notre page Facebook CUTE – Cégep Limoilou ou par courriel au cutecegeplimoilou@hotmail.com.

La perspective d’une grève vous effraie? Nous y avons pensé. Voici donc quelques-unes des craintes les plus fréquemment entendues et nos réponses à celles-ci.

«On va couler nos cours.» 

La grève étudiante ne mène pratiquement jamais à des échecs. Le gouvernement ne peut se permettre de faire échouer des milliers d’étudiant.e.s. En faisant échouer autant d’étudiant.e.s, le gouvernement retarderait leur entrée sur le marché du travail, ce qu’il ne peut se permettre vu la pénurie de main d’œuvre actuelle. Il devrait payer plus de personnel enseignant pour faire reprendre une session complète à des milliers d’étudiant.e.s, avoir deux fois plus d’élèves en classe lors de l’entrée de la prochaine cohorte, etc. C’est logistiquement impossible.

« La grève, ça donne rien. »

Tu risques d’être déçu.e. Plusieurs exemples nous prouvent le contraire. Nous n’avons qu’à penser aux gains complets ou partiels obtenus par le mouvement étudiant de 2012 ou aux nombreuses grèves de travailleur.se.s sur leurs milieux de travail pour comprendre que la grève, ça paie.

« J’ai peur que le gouvernement coupe ailleurs pour payer les stagiaires. » 

On comprend cette peur, mais ce ne sont pas les endroits où couper qui manquent. Couper dans les bonus octroyés aux patrons de grandes institutions, dans des projets qui ne sont pas nécessaires (pensons au fameux troisième lien) ou dans les subventions et crédits d’impôts accordés aux compagnies qui licencient des centaines d’employé.e.s chaque année pour faire plus d’argent, pour donner de meilleurs conditions de vie et une reconnaissance aux stagiaires, est-ce vraiment si mauvais? 

« C’est illégal faire la grève. »

En fait, la grève étudiante est dans une zone grise juridique au Québec. Elle n’est donc ni légale ni illégale. De plus, le gouvernement ne pourra pas empêcher une telle mobilisation tant et aussi longtemps que nous sommes nombreux.ses et solidaires.

« Moi, mes stages sont payés/je travaille en même temps et j’y arrive/mes parents m’aident à payer. » 

On est bien content.e.s pour toi, mais ce n’est pas le cas pour tout le monde. Il faut être solidaires. Pour certaines personnes, travailler est une option, mais pour d’autres ce ne l’est pas ou du moins, pas de travailler assez pour leur permettre de vivre. Certain.e.s étudiant.e.s ont des enfants, doivent subvenir à leurs besoins et être présent.e.s pour ceux-ci en plus d’aller à l’école, faire leurs stages et travailler. Ça mène facilement à l’épuisement et engendre un stress malsain. De plus, afin de couvrir les frais liés aux études, aux stages et à la vie en général, il faut travailler probablement beaucoup plus que les 15 heures hebdomadaires maximum (pendant des études à temps plein) recommandées par l’Institut de santé mentale du Québec, ce qui n’est pas sain. Finalement, certains milieux de stages, pensons aux sages-femmes, ne permettent pas d’avoir un emploi puisque les stagiaires doivent être disponibles en tout temps. Alors, on pense un peu à celles.eux qui ont moins de chance que nous!

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